La solitude
glisse sur les murs
le souvenir de sa main froide
apprend à se taire
(il y a sept pas jusqu'à
la voie lactée)
au bout de ma langue
je cache des paysages
et je deviens
toujours plus petite
Je parle à un nuage
et confie mon âme
au poème
dans l'eau froide
mon pied s'agite
pour suivre le cours des choses
Le vent farde de rouge
les yeux des femmes absentes
même étirées
leurs paupières restent lourdes
et la danse des hommes
n'apaise pas leurs ventres
nulle part
le vent n'arrête de souffler
(ma voix je l'ai oubliée)
Le ciel s'éloigne
comme une poussée de fièvre
Traces de pas d'oiseaux
sur le sable
que la vague lisse
mon reflet
a rendez-vous
sur le sentier qui mène au large
la cloche sonne et
donne l'heure
Tête baissée
elle choisit le bleu
étonnée de l'éclat
(les troncs sont noirs et nus)
un goût de lèvres absentes
dans un coin de son rire
glacée
elle écoute la terre qui tourne
La pierre du milieu
est celle d'équilibre
pied posé
délicatesse du cercle
je lève les bras
pour sauter plus loin
dans l'herbe
Le chant du silence
naît dans les ornières
d'eau et glaise mêlées
la peau frissonne
sous les cris
(une étoile tire un trait)
plus rien ne pousse
au vide du manque
sinon le souffle glacé
d'un rêve sans fin
L'ombre des arbres
sur la route
la pluie a cessé
j'oublie les signes
et
au milieu de la nuit
soudain
je me lève
pour regarder tomber
les feuilles mortes
La plainte
prière naïve
dessine au ciel la fleur
le chant douceur de mère
(le corps est froid,
inerte l'âme)
enveloppe les cendres brunes
que le vent emporte
l'aube respire
de chauds voiles gris
Je ne suis jamais allée
plus loin
que le bout du chemin d'ici
au milieu
parfois je m'arrête
la poussière rouge
garde les traces
de mes allers et retours
Elle se fait chagrin
(la Murmureuse)
elle se fait eau vive
son cœur d'amante broyé
au-dedans de soi tourné
usé
le corps se cache
l'âme se brise
en miettes de cristal
Personne ne vient ici
marcher sur les pierres
glissantes
l'oreiller est froid
le cri de la chouette
déchire la nuit

