Rien qu'un entre-deux ordinaire après la blessure et avant le rire...
Je me cacherai
dans le vent
dépouillée
seule dans mon silence
là
où je n’aurai plus peur
de parler
je choisirai
l’extraordinaire nuit
et dans sa profondeur
je glisserai
contre les mots d’enfance
protégée de la solitude
ouverte enfin.
Je pousse
les murs fissurés
et porte dans mes os
ma disparition à venir
le vide ronge
le vide abime
et au milieu
il y a l’ombre
de mon absence
je
suis le contrepoint
du silence
de l’innocence bue
de l’obscurité étroite.
Un peu d’eau
qui reste
autour du creux
où rôde un manque
ce n’est rien
un mouvement
un murmure
un concassement
il y a un temps
pour expirer le monde
un
autre
pour
retenir les voix
il faut se serrer
un peu
et attendre
presque
que la peau craque.
J’ai tout le temps
que j’invente
je traverse la vie
en fermant les yeux
l’encre
sur ma langue
sauve les mots
les couche
les mord
les tord
les plie
sur l’étoffe de lin
le sommeil glisse
je prends le risque
de la grande nuit
bleue
j’essuie
sur ma figure
les traces
de sang séché
je m’échappe belle
j’ai tout le temps
que j’invente.
La voix d’eau
blessée
murmure
le deuil
du roi intérieur
monarque somnambule
de l’enfance
rayée
les vieilles
assises à la fenêtre
laissent tomber
leurs têtes vides
et
leurs chevelures
d’été
respirent mal
sur leurs poitrines creuses
le rossignol
à la gorge douce
lance son chant
à l’amer.
La vie respire
dans des riens minuscules
dans le balancement
d’une branche de noyer
quand s’y pose
le rouge queue
dans la brume
dans le goût de l’air
dans l’ombre d’un caillou
dans ton visage
enlarmé
et la cendre
sur le coin du pavé
a cet air dérangeant
des choses déplacées.
Il n’y a rien
d’autre
que la pierre jetée
et le mouvement
d’arc
de ton bras lancé
sur le turquoise
du ciel
pourtant
le geste est plein
comme ton rire
vivre pour rien
c’est un peu mourir
dis-tu
même l’arbre
plus grand que
les autres
cherche la vie
sous les pierres grises
mais personne
ne le sait.
Un rêve
une main blanche
enserre les faux-semblants
les enferme
dans l’ourlet du ciel
et se retire
blafarde comme une lune
des branches
griffent
mes épaules
égratignent
mon cou
je chante
la messe des âmes
en ajustant le voile
sur mon sourire.
Long frisson
claquement de papier
je
ferme
les oreilles
au tango tanguant
du dehors
une bouffée de rire
s’attarde
minuscule
dans le souffle
du vent d’est
je m’en viens
à pas de loup
tendre l’oreille
aux bribes
aux chuchotements
aux musiques intimes
aux messes basses
légèreté
d’un craquement
de parquet
frisson encore
ma peau est douce
dans l’air du soir.
Chant de pierres mon enfant a glissé de mon ventre
c’est un garçon qui redevient poisson dans les eaux rouges de la nuit salée à
cet instant je suis tout ce qui sépare tout ce qui unit
je suis l’inentendue.
Il pleut des bateaux de papier sur mon désastre sans parole je suis tout à côté
de l’enfant qui pleure je bois sa lumière la mélodie de sa gorge m’apaise elle
me laisse entrer dans l’amour
mémoire courte sans vocabulaire inutile
mon corps ne veut rien je me laisse tomber je
bascule dans ce monde trop grand l’obscurité veille.
L’enfant du soleil l’ange muet sait tout des cœurs
gelés connait les tressaillements de paupières il tremble son écriture sur un
bout de carton cadavre exquis jeté loin de lui il croit boire du lait quand le
poison emplit sa gorge il porte un peu de moi oiseau invisible perle nacrée
prière oubliée dans la glace.
Je sens le parfum des herbes ensommeillées je
fredonne la chanson de la nuit je ne demande rien simplement me coucher sur le
fil tendu des miracles mes lèvres murmurent en silence les mots d’or psalmodie
de miel qui irise ma peau tendue et réjouie soudain je suis l’exilée de
moi-même je sens la vie partout autour qui m’effleure et me mord.
Les lèvres de l’enfant bruissent
de
coquillages
ne laissent entrer
aucune
mer
petit fiancé du soir
il
pose dans ses souliers dorés souliers de bal
attend la danse
mendiant
du cœur devenu blême
ne demande rien
s’efface fatigué
rêve doux couleur métal
ses
bras agrippent l’air brûlant
épaules lourdes
il disparait.
Je pose la clé des champs au bord du
chemin d’hiver
la certitude secrète que l’histoire ainsi
s’écrit dans la lumière extraordinaire de la fin du jour
la vie long chemin de rires et de
silences l’intime de moi exposé au grand vent.
Ferme les yeux
pour voir
comme je vois
il pleut
dans ma mémoire
la mer
lave mes défaillances
je
me déborde
dans la douceur
je me fais
vol bavard
d’oiseaux
de mauvais augure
je suis
la vague secrète
l’impertinence pure
l’éternité impatiente
brûlée
au sel de tes lèvres.
J’ajuste mon œil
au bleu irisé
encre mouillée
qui griffe le ciel noir
sans étoile
la lune désolée
se laisse glisser
le long de l’invisible mur
à cloche-pied
je tombe de sommeil.
Les pierres cognent
lorsque les arbres craquent langue familière désarmante tout reste à taire
l’ombre du soir ne peut répondre à la main qui gratte le secret de l’écorce la
bouche hésitante s’étire (se tord) sur un mot qui ne vient pas glissement vers
un chant d’ailleurs un désordre une ombre tendre.
J’ai besoin de vous pour
entrer dans la nuit entrer dans la mer arracher de mes dents le lien de
l’absence noire et blanche besoin de vous pour me dissoudre dans l’interstice
fidèle de mon écho souffler sur les signes de sable caresser les murs étonnés
de maisons vides et froides besoin de vous pour espérer le soir marquer d’un
caillou lisse l’empreinte de mon pas boire la lumière toucher le vent et tendre
mon fil d’or de silence et d’amour.
L’oiseau invente le
frôlement de la pluie contre le nuage le trouble du ciel quand il s’obscurcit
le silence du petit matin le rire de l’herbe humide la grâce de l’arbre mort
moi lentement vivante je
regarde.
Je regarde à travers les
fissures d’une âme bleue en équilibre la mer en moi est muette le feu attise
des miettes de terre pleines d’une force aveugle le rêve crie sa solitude
froide on pourrait croire un instant à une explosion de mémoire.
Ma solitude est faite
d’accordances de révélations du vide de lumière douce une autre parfois vit en
moi qui me lèche l’âme et turbulente visiteuse distille les mots pierres
précieuses dans le silence transparent de mon sourire.





